Le trail a doublé en trois ans, et il ne se court presque jamais tout seul
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Le trail a doublé en trois ans, et il ne se court presque jamais tout seul

SC

L'équipe Smatchy

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Quarante-deux mille licenciés de la Fédération française d’athlétisme déclarent aujourd’hui le trail comme activité principale, soit une progression de quatre-vingt-dix pour cent en trois ans selon le baromètre Finishers publié avec l’Union Sport et Cycle. Le trail n’est plus une affaire de montagnards obstinés. C’est devenu l’une des façons les plus ordinaires de courir en France, et c’est aussi celle qui se pratique le moins volontiers en solitaire.

Le trail est-il devenu un sport de masse ?

La Fédération française d’athlétisme a battu son record historique de licenciés en décembre 2024, dépassant les 316 751 inscrits de 2019, et comptait plus de 321 000 licenciés à la mi-janvier 2025 répartis dans 2 535 clubs. À l’intérieur de cet ensemble, le trail est le compartiment qui bouge le plus vite. Les 42 000 pratiquants qui le déclarent comme activité principale ne représentent qu’une fraction des licenciés, mais leur nombre a presque doublé pendant que la fédération, elle, progressait de quelques points.

Le calendrier raconte la même chose. La France a organisé 13 320 courses toutes disciplines confondues en 2025, pour 4,12 millions de résultats enregistrés, un record. Sur ce total, 5 900 épreuves étaient des trails, soit une hausse de vingt pour cent en un an, et elles ont produit 1,44 million de résultats. Autrement dit, un tiers des résultats de course à pied enregistrés en France l’an dernier l’ont été sur des sentiers.

Ce que ces chiffres ne disent pas, et il faut le dire à leur place, c’est que la croissance annoncée du trail varie du simple au double selon les sources et les périmètres retenus. Certaines publications parlent d’une progression de cent cinquante pour cent sur dix ans, d’autres de trois cents. Les valeurs absolues, elles, sont solides. C’est sur celles-là qu’il vaut mieux raisonner.

Que révèle la taille des pelotons de trail ?

Un trail rassemble en moyenne 215 finishers, contre 439 pour une course sur route, d’après les données 2024 de la filière. La moyenne toutes disciplines confondues est passée de 260 finishers par épreuve en 2024 à 310 en 2025.

Ce chiffre de 215 est plus intéressant qu’il n’en a l’air. Il signifie qu’un trail, dans son format habituel, est une course où l’on croise à peu près toujours les mêmes visages, où le ravitaillement n’est pas un guichet mais une conversation, et où l’on repart rarement sans avoir parlé à quelqu’un. La densité sociale d’un trail de deux cents personnes n’a rien à voir avec celle d’un dix kilomètres urbain qui en aligne trois mille.

Où en est la place des femmes en trail ?

Les femmes représentaient 37 % des participants aux courses françaises en 2025, contre 28 % en 2015. La progression est nette et continue. Mais elle n’est pas uniforme : selon les données Miles Republic de 2024, la part des femmes atteint 40 % sur route et retombe à 33 % en trail. Sur les formats ultra, une étude de l’Union Sport et Cycle menée en septembre 2023 auprès d’environ deux mille pratiquants relève 91 % d’hommes.

Il y a donc un écart, et il se creuse à mesure que la distance augmente. Les raisons sont multiples et mal documentées, mais l’une d’elles est parfaitement mesurable : partir seule sur un sentier isolé n’expose pas au même calcul mental que partir seul. Une enquête menée en décembre 2025 par Censuswide auprès de 3 000 adultes français pour SportsShoes indique que 57 % des coureuses se sont déjà senties en insécurité pendant une sortie, contre 50 % des coureurs, et que 70 % des personnes interrogées ne courent que de jour, 62 % préviennent quelqu’un avant de partir et 56 % restent dans des zones éclairées. Ces trois stratégies décrivent exactement ce que le fait de partir accompagné rend inutile.

Courir en pleine nature fait-il vraiment du bien ?

L’idée que courir en pleine nature fait plus de bien que courir en salle est devenue un lieu commun. Elle repose sur des travaux réels, mais moins tranchés qu’on ne le répète.

Une méta-analyse en réseau publiée en 2026 dans Frontiers in Public Health, portant sur 15 essais contrôlés randomisés et 809 participants, trouve un effet significatif de l’exercice en milieu naturel par rapport à l’absence d’exercice, ainsi qu’un effet significatif du milieu naturel par rapport à la salle. En revanche, l’exercice en salle comparé à l’absence d’exercice n’atteint pas la significativité dans ce même modèle. Les auteurs signalent eux-mêmes des intervalles de confiance très larges, un seul essai à bras multiples reliant la salle au groupe témoin, et une quasi-absence de données à long terme.

Une revue longitudinale parue en 2023 dans l’IJERPH, sur 10 essais et 343 participants, est plus prudente encore : sur 99 comparaisons, 25 seulement sont statistiquement significatives. Toutes les 25 vont dans le même sens, en faveur de l’extérieur, mais l’ensemble des essais présente un risque de biais élevé.

La conclusion honnête est donc celle-ci : les données disponibles penchent en faveur de la course en extérieur, sans permettre d’en quantifier sérieusement le bénéfice. Méfie-toi de tout article qui te donnerait un pourcentage précis sur ce point.

Quel est le vrai risque quand on se met au trail ?

La statistique la plus solide de tout ce dossier ne parle ni de convivialité ni de paysage. Une méta-analyse publiée en 2015 dans Sports Medicine, à partir de 13 études originales, établit une incidence de 17,8 blessures pour mille heures de course chez les coureurs novices, contre 7,7 chez les coureurs récréatifs confirmés. À durée égale, un débutant se blesse plus de deux fois plus souvent.

Et la blessure fait sortir du sport. Une étude néerlandaise publiée en 2019 dans le Journal of Science and Medicine in Sport a suivi 774 coureurs débutants pendant vingt-six semaines : 29,5 % avaient cessé de courir à l’issue de cette période, et la blessure expliquait 48 % de ces arrêts. Cette étude est néerlandaise, elle porte sur un programme encadré, et il n’existe aucun équivalent français. Elle donne un ordre de grandeur, pas une vérité nationale.

Ce que cela change pour toi est simple. La question n’est pas de savoir si tu tiendras la montée. C’est de savoir si quelqu’un t’empêchera de mettre trop de dénivelé trop vite dans tes trois premiers mois. Un partenaire plus expérimenté est, à ce stade, un dispositif de prévention avant d’être une compagnie.

Qu’apporte le fait de courir à plusieurs en trail ?

Il faut être précis, parce que le sujet est saturé d’affirmations non vérifiées. Une méta-analyse publiée le 15 avril 2026 dans Nature Human Behaviour, portant sur 71 études, 523 tailles d’effet et plus de 22 000 participants, ne trouve aucune différence significative entre les interventions individuelles et les interventions de groupe sur le volume d’activité physique produit. Le test d’équivalence est même significatif sur ce critère précis. Personne ne peut donc te promettre qu’en courant à plusieurs tu courras davantage.

Mais la même étude montre un avantage significatif du groupe sur les capacités fonctionnelles, force, équilibre et mobilité, et laisse le volet psychosocial indéterminé, ni équivalent ni différent, faute de précision suffisante. Et une méta-analyse antérieure, publiée en 2006 à partir de 44 études et 4 578 participants, établit une différence forte non pas entre pratiquer seul et pratiquer à plusieurs, mais entre un groupe où les gens comptent les uns pour les autres et un simple attroupement de personnes qui font la même chose au même endroit.

C’est la vraie ligne de partage. Courir à côté de quelqu’un ne change pas grand-chose. Courir avec quelqu’un qui remarque ton absence, si.

Comment débuter le trail quand on part de zéro ?

Choisis un trail court, vingt kilomètres et moins, à moins d’une heure de chez toi, et inscris-toi avec quelqu’un plutôt que seul. Repère le parcours à l’entraînement au moins une fois, en marchant les portions techniques. Accepte de marcher en course, c’est la norme et non l’exception sur ce terrain. Et si tu débutes, cale ta progression sur le temps passé plutôt que sur le dénivelé accumulé, parce que c’est le second qui casse les jambes du néophyte.

Reste la partie que personne ne résout à ta place : trouver la personne avec qui partir. C’est exactement ce que Smatchy fait, en te mettant en relation avec des pratiquants de ton niveau et de ton secteur, pour la sortie de dimanche plutôt que pour l’année entière.

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