
Comment trouver des partenaires de sport quand on vient d’arriver dans une nouvelle ville
L'équipe Smatchy
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Chaque année, environ 5,9 millions de personnes emménagent dans un nouveau logement en France, dont 1,7 million changent de département. Beaucoup laissent derrière elles un groupe de course, un partenaire de tennis ou une équipe. Voici ce que la recherche établit vraiment sur ce moment, et ce qu’on peut en faire.
Combien de personnes déménagent chaque année en France ?
L’INSEE a publié en septembre 2025 les chiffres de 2023 : 5,9 millions de personnes ont emménagé dans une nouvelle résidence principale, soit 8,8 % de la population. Parmi elles, 1,7 million ont changé de département et 983 000 ont changé de région.
La mobilité résidentielle baisse d’ailleurs depuis dix ans, où elle atteignait 10,8 %. Autrement dit, tu n’es ni une exception ni une majorité : environ une personne sur onze est passée par là dans l’année.
Déménager fait-il vraiment arrêter le sport ?
C’est l’intuition la plus répandue, et les données ne la soutiennent pas. Une revue de portée publiée dans PLOS ONE en 2020, qui a passé en revue 107 études portant sur 72 événements de vie, conclut que le déménagement en général n’est associé à aucun changement mesurable du niveau d’activité physique.
Il faut être honnête sur la limite : seules deux ou trois études portent précisément sur cette transition, et aucune donnée française ne croise mobilité résidentielle et pratique sportive. On ne peut donc affirmer ni que déménager fait arrêter, ni le contraire. Ce que l’on peut dire, c’est que rien ne prouve la fatalité.
Combien de temps faut-il pour se faire des amis ?
Une étude américaine de 2019 est citée partout pour avancer un nombre d’heures précis. Il vaut mieux savoir ce qu’elle dit réellement. Elle comporte deux volets aux résultats très différents : pour passer d’ami occasionnel à bon ami, le premier estime 219 heures, le second 119 heures. Un écart du simple au double, sur deux populations sans rapport.
Son auteur signale lui-même que ses estimations rétrospectives sont imprécises et gonflées par construction. Il faut donc lire ces nombres comme des ordres de grandeur exploratoires, pas comme un compteur. Le message utile n’est pas un chiffre, c’est que l’amitié adulte se construit sur du temps partagé répété, et que cela prend des mois plutôt que des semaines.
Où sont les autres pratiquants dans ta nouvelle ville ?
Moins dans les clubs qu’on ne le croit. Le baromètre national des pratiques sportives 2025, mené par l’INJEP et le CREDOC auprès de 4 010 personnes, montre que 61 % des Français ont une pratique régulière, mais que 53 % pratiquent en autonomie, hors structure, contre 20 % en club ou association.
Autre chiffre décisif : 50 % des pratiquants pratiquent seuls, 20 % avec des amis, 12 % en famille. La majorité des gens que tu croises en train de courir ou de rouler n’appartiennent à aucune structure qui te permettrait de les rencontrer. C’est précisément ce vide que comble une application de mise en relation.
Et 45 % des pratiquants réguliers déclarent vouloir pratiquer davantage. Le vivier existe, il n’est simplement pas rassemblé quelque part.
Pourquoi la régularité compte-t-elle plus que le nombre de rencontres ?
Parce que le seul mécanisme documenté sur des personnes réelles va dans ce sens. Une expérience de 1992 a fait assister des complices à un cours magistral zéro, cinq, dix ou quinze fois. En fin de semestre, plus une personne était venue, plus elle était jugée sympathique par les étudiants, sans même qu’ils la reconnaissent davantage.
C’est une seule étude, dans un seul contexte, et il ne faut pas en faire une loi. Mais elle pointe une chose que l’expérience confirme : revenir au même créneau produit plus de liens que multiplier les rencontres uniques. Trois séances avec les mêmes personnes valent mieux que dix séances avec dix groupes différents.
Que faire dès la première semaine ?
Choisis un créneau fixe et tiens-le deux mois, même à trois participants. Privilégie ce qui est à moins de quinze minutes de chez toi, parce que la distance est la première cause d’abandon d’une habitude naissante. Reviens au même endroit plutôt que d’explorer, au moins au début.
Et méfie-toi d’un piège de lecture. Le sentiment de solitude est plus fréquent dans les grandes agglomérations que dans le rural, alors que l’isolement relationnel objectivé est plus fort à la campagne. Se sentir seul dans une grande ville pleine de monde est donc statistiquement banal, et ce n’est pas un signe que tu t’y prends mal.
